Après le pain l'an passé, cette année nous aurons comme fil conducteur du "Mutilé" :  les écrivains durant la Grande Guerre.

Monsieur MASSON passionné montois a accepté de rédiger plusieurs articles. Afin d'en faire profiter le plus grand nombre, nous avons opté également pour une diffusion sur notre site.

 

 

 

À la suite de l’assassinat, en Serbie, du prince François-Ferdinand, héritier du trône de l’empire austro-hongrois, et de son épouse Sophie de Hohenberg, le 28 juin 1914, l’Autriche-Hongrie, soutenue par l’Allemagne, déclare la guerre à la Serbie, le 28 juillet 1914.

 

Dans le même temps l’Allemagne déclare la guerre à la Russie qui soutient la Serbie. Cette situation inquiète la France qui décide de la mobilisation générale fixée au 2 août 1914. Le 03 août l’Allemagne mécontente déclare la guerre à la France et dès le 04 août elle envahit le Luxembourg et la Belgique. Ce viol de territoires neutres provoque l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne qui, dès le soir du 04 août, déclare la guerre à l’Allemagne. La Grande-Bretagne appelle tous les Pays du Commonwealth en renfort. Enfin le Japon se joint au camp des alliés et déclare la guerre à l’Allemagne. Par la suite l’Italie, le Portugal, la Roumanie, la Grèce et les États-Unis rejoindront le camp des alliés.

 

En quelques jours toute l’Europe sombre dans une guerre insensée. La France, totalement impréparée, se vide d’un seul coup de tous ses hommes vaillants, issus de toutes conditions. Ils partent vers l’enfer et de très nombreux écrivains partiront également vers les lignes de feu, animés d’un grand courage ! Avec leur sensibilité exacerbée, ils décriront cette guerre en termes différents mais tous parleront de… l’Enfer. Certains survivront et laisseront des pages douloureusement poignantes. Nombreux sont ceux qui mêleront le sang de leurs noms aux noms de tous ces anonymes gravés sur les monuments aux Morts !

 

Au rang des tous premiers, il est un homme qu’il faut saluer puisque son âge aurait pu lui éviter de s’exposer au danger, c’est Charles PÉGUY.

Il a 41 ans en 1914 mais pour lui, ne pas être parmi les premiers à défendre la terre de France était inconcevable. Il se porte donc volontaire pour aller au front en tant que lieutenant de réserve. C’est un mystique qui avait Jeanne d’Arc pour modèle. Il est le fils d’une rempailleuse et d’un menuisier mort quelques mois après sa naissance. Il s’est hissé jusqu’au seuil de l’agrégation de philosophie et avait fondé les « Cahiers de la Quinzaine » dans lesquels il révéla de nombreux écrivains. Sur le front, il encouragea sa section à le suivre et à ne pas céder un lopin de terre à l’ennemi. Lorsque son capitaine s’effondre à ses côtés, sous les balles allemandes, il se lève et tous lui obéissent : « Tirez ! Mais tirez, nom de Dieu ! » Une balle bien ajustée, venant du camp adverse, lui explose la tête pour le faire taire…C’était à Villeroy, le 5 septembre 1914, la veille de la bataille de la Marne !

 

Peu avant la guerre, en 1911, Charles Péguy avait découvert un petit texte, une nouvelle intitulée « Portrait ». Elle avait été écrite par un certain… Henri Fournier. Séduit par le style, Péguy avait écrit à cet illustre inconnu : « Je viens de lire votre « Portrait ». Vous irez loin, Fournier… » Deux ans plus tard, en 1913, ce même Fournier publie sous le pseudonyme Alain-FOURNIER, un roman qui laissera une forte empreinte dans la littérature: « Le Grand Meaulnes ».

 

 

Fournier est le beau-frère d’un autre brillant intellectuel : Jacques RIVIERE, collaborateur à la Nouvelle Revue Française. Rivière écrira peu mais son œuvre de critique littéraire reste un modèle d’analyse et de lucidité. Il découvrira des auteurs exceptionnels qu’il sera le premier à publier : Marcel Proust, François Mauriac, Paul Valéry, Saint John Perse, Jean Giraudoux, Jules Romain et Louis Aragon.

 

Henri Fournier, lieutenant de réserve, est appelé à rejoindre son régiment à Mirande le 04 août. Le 12 août il part pour le front. Entre temps Jacques Rivière a, lui aussi, été incorporé et les 24 et 25 août les régiments des deux beaux-frères se retrouvent dans une même bataille face aux Allemands. C’est la dernière fois qu’ils se voient. Jacques Rivière est fait prisonnier et est déporté en Saxe. En 1917, gravement malade, il sera transféré et interné en Suisse jusqu’à la fin de la guerre. En 1918 il rentre en France et publie ‘’ L’Allemand, souvenirs et réflexions d’un prisonnier de guerre ‘’. Jacques Rivière décèdera à Paris en 1925, terrassé par une fièvre typhoïde. Il avait 39 ans.

 

Mais revenons à Henri Fournier ou Alain-Fournier, c’est selon. Il est lieutenant et le 22 septembre 1914 il part en mission de reconnaissance dans les bois de Saint Rémy-La-Calonne (Meuse) avec 18 de ses hommes. La section, commandée par Fournier, tombe dans une embuscade allemande et tous sont fusillés sur place. Ce n’est qu’en 1916 que sa famille apprendra officiellement la mort de ce fils prometteur et ce n’est qu’en 1991 que l’on retrouvera la fosse dans laquelle les allemands avaient ensevelis les 19 corps.

 

Henri aurait pu avoir une autre mort s’il avait laissé faire la femme qu’il aimait, Pauline Benda, à l’époque mariée à Claude Casimir-Périer, fils de l’ancien Président de la République Jean Casimir-Périer. Elle lui avait proposé d’intervenir pour qu’il soit affecté à un poste loin du front. Pour Henri Fournier, être un « planqué » était hors de question ! Pauline, en instance de divorce, avait promis d’épouser Henri dès la guerre finie. Henri Fournier mourut en brave à l’âge de 28 ans. Il rejoignit son ami Charles Péguy qui prétendait : « La mort n’est rien ». Peu après, en janvier 1915 – la vie est bizarre ! – c’est le mari de Pauline Benda, le capitaine Claude Casimir-Perier, qui les rejoignit …au champ d’honneur !

 

Claude MASSON

Montois, passionné d’Histoire et de littérature